Chapitre III

Domtar renouvelle l’injonction

Le 9 août 1968, le ministre des Terres et Forêts résume les grandes lignes de la médiation qui a eu lieu à Québec. Visiblement déçu de son expérience, il explique que c’est un échec total en dépit de ses efforts personnels et de l’intervention d’un médiateur. Il lui faudra cinq jours de repos pour se remettre de cette épreuve.

En après-midi, les syndicalistes Oscar Fournier, André Monfette, Mathias Péloquin et Henri-Louis Proulx émettent un communiqué conjoint aux médias. Ils reprochent l’attitude intransigeante de Domtar et s’étonnent publiquement de la récente déclaration du ministre Gosselin au sujet de la fermeture éventuelle des usines : « Nous reconnaissons que le ministre des Terres et Forêts a fait une tentative honnête pour rapprocher les parties. Mais ce qui est surprenant, c’est qu’il fasse écho à la propagande de la compagnie pour apeurer les grévistes. Si le ministre a réellement l’impression que Domtar veut fermer ses portes, qu’est-ce qu’il entend faire pour l’en empêcher ?1 »

Pendant ce temps, à Sherbrooke, la Cour supérieure renouvelle l’injonction interdisant aux travailleurs d’East Angus d’empêcher les contremaîtres et les gardiens de Domtar de circuler librement dans l’usine. En prévision d’éventuelles poursuites, la compagnie installe un agent privé dans une résidence située à proximité de l’usine afin de photographier les méfaits commis à l’endroit des contremaîtres. À Windsor, le surintendant Paul Pelletier transporte un autre agent privé dans la valise de sa voiture et le fait pénétrer dans l’usine Domtar. Durant un peu plus d’un mois, il lui fournira la nourriture et le matériel nécessaire afin qu’il puisse également photographier les délits commis par les syndiqués2.

Harcèlement des contremaîtres

Le 12 août, les grévistes de Windsor lancent de la peinture sur les résidences de plusieurs contremaîtres et répandent du calcium sur leur pelouse. Les victimes déposent aussitôt une plainte auprès de la police municipale. Le lendemain, Domtar suspend temporairement 300 travailleurs forestiers en raison d’un surplus de bois ; la grève touche également les camionneurs et les scieries de la région, obligeant certaines d’entre elles à fermer leurs portes. Devant le prolongement du conflit, la Chambre de commerce de Sherbrooke exprime son inquiétude et invite Domtar à reprendre les négociations.

Le 15 août, La Tribune présente des entrevues réalisées avec les représentants de Domtar et de la CSN. Raymond Pinard et Jean-Paul Myre soulignent que le conflit qui touche près de 5 000 travailleurs pourrait forcer la compagnie à réduire ses opérations à East Angus et Windsor.

Les présidents des syndicats locaux, Mathias Péloquin et Oscar Fournier, expliquent pour leur part que les travailleurs méritent une augmentation de 35 cents l’heure, mais que les négociations sont dans l’impasse en raison de l’intransigeance de Domtar.
« Il s’agit d’une épreuve de force entre la compagnie et ses employés. Le conflit peut se prolonger encore plusieurs semaines si la partie patronale ne fait pas de propositions concrètes. Le Syndicat a fait une tentative honnête de rapprochement lors de la dernière rencontre de négociation. C’est au tour de Domtar de manifester sa bonne foi3. »

La journée même, des actes de vandalisme sont commis à East Angus : une douzaine de voitures appartenant à des contremaîtres sont sérieusement endommagées et la propriété du maire Maltais est aspergée de plusieurs gallons de peinture.

Chaque matin, à l’entrée de l’usine, les cadres de Domtar sont injuriés et bousculés par les syndiqués. C’est le cas également à Windsor où même un surintendant a été forcé de se rendre au local des grévistes à Greenlay, au moment où ils étaient armés de bâtons de baseball.

Par ailleurs, la CSN fait savoir que 36 contremaîtres d’East Angus l’ont consulté secrètement dans l’intention de se regrouper en association. La menace d’une fermeture d’usine aurait provoqué une insécurité totale parmi eux ; la Centrale syndicale affirme que « la compagnie, forte d’une injonction, les oblige à franchir les piquets de grève sous peine de sanctions allant de la suspension au congédiement »4.

Selon elle, les contremaîtres n’ont aucune envie de briser les lignes de piquetage ; il s’agirait là d’un pur caprice de la compagnie puisqu’ils n’auraient aucune tâche particulière à accomplir, l’entretien des machines étant assuré par des ouvriers spécialisés. « En nous forçant à traverser les lignes de piquetage, Domtar crée un climat extrêmement tendu. Ça ne pourra pas marcher comme avant. On nous considère comme des scabs. Notre seule alternative pour obtenir le maximum de protection est de se regrouper en association5. »

Le lendemain, les contremaîtres nient publiquement vouloir se regrouper dans un syndicat. Ils se disent indignés par les actes de vandalisme et prétendent n’avoir subi aucune menace de Domtar : « C’est notre devoir de supporter le travail des surintendants et d’exercer une surveillance sur nos départements. Il n’est pas nécessaire que la compagnie nous fasse des menaces pour cela. » Bien qu’ils entretiennent une certaine sympathie envers les grévistes, ils ajoutent : « Après les actes de vandalisme, il n’est pas impossible que nous demandions à la compagnie de poursuivre jusqu’au bout ceux qui ont commis ces actes6. »

En fin de journée, le ministre du travail du Québec exprime certaines craintes quant à la fermeture éventuelle des usines Domtar : « Ce serait un désastre pour East Angus, Windsor, les Cantons-de-l’Est et le Québec tout entier. C’est pourquoi je demeure disposer à reprendre les pourparlers afin de dénicher un compromis qui puissent mettre fin à la grève7. »

Les familles s’organisent

Une partie de l'assistance à la salle Christ-Roi de Sherbrooke. Ils ont littéralement pris d'assaut la salle pour entendre les représentants de la CSN, dont Raymond Parent, le secrétaire-général. Quelques centaines de grévistes ont été obligés de demeurer à l'extérieur de la salle pour suivre les discours. À l'intérieur, plusieurs grévistes se sont installés sur le rebord des fenêtres, le plancher, dans les corridors et sur la scène. (Photo : La Tribune)

Le 20 août 1968, les 1 200 syndiqués se rassemblent à la salle Christ-Roi de Sherbrooke. Dans une atmosphère surchauffée, le secrétaire-général de la CSN, Raymond Parent, s’adresse à l’assemblée : « Les 200 000 syndiqués de la CSN sont derrière vous, vous qui luttez pour défendre vos intérêts et ceux de la population des Cantons-de-l’Est. Le seul moyen de régler le conflit est que la partie patronale accepte de discuter avec la partie syndicale. Ne vous laissez surtout pas prendre au piège de la compagnie qui essaie de vous diviser8 »

À son tour, le président du Conseil central des syndicats nationaux de Sherbrooke, Florent Boisvert, s’adresse aux travailleurs : « Avez-vous l’intention de lâcher en cours de route ? » La foule répond par un « NON » vibrant. « Avez-vous l’intention de tenir jusqu’au bout en vue du renouvellement de la convention collective ?9 ». « OUI », répondent en choeur les grévistes. Une résolution réaffirmant leur désir de ne pas lâcher est aussitôt adoptée. Il est également décidé de boycotter tous les produits de la compagnie Domtar.

Le soir même, à East Angus, un comité de dames s’engage à receuillir les dons pour répondre aux besoins urgents de la communauté. Le 22 août, des actes de vandalisme sont à nouveau commis à Windsor : un gréviste s’introduit furtivement dans une station électrique, ouvre un disjoncteur et plonge la ville dans la noirceur la plus complète. Au cours de la nuit, la résidence d’un contremaître est aspergée de peinture et les fenêtres de sa chambre volent en éclats. Le 26 août, les grévistes dégonflent les pneus d’un camion-citerne et renverse une automobile dans le stationnement de l’usine.

Le 29 août, le juge William Mitchell émet une injonction interlocutoire interdisant aux travailleurs d’East Angus de cerner la résidence des contremaîtres et d’obstruer les voies conduisant à l’usine Domtar. Le 4 septembre, la CSN affirme que la compagnie a formellement reconnue qu’elle n’a pas l’intention de fermer ses usines dans les Cantons-de-l’Est lors d’une rencontre avec le sous-ministre du Travail, Réal Mireault.

***

La solidarité de la population

Depuis le début du conflit, les enfants des travailleurs sont chaussés gratuitement par les marchands qui fournissent également le lait et le pain nécesssaire à la cantine des grévistes. Un cultivateur de St-François, près de Windsor, offre même une quarantaine de poules au fonds de secours des syndiqués. Les hommes d’affaires contribuent ainsi pour 9 000 $ en services divers ; de son côté, la CSN offre 10 $ par enfant pour couvrir les frais de scolarité, soit une somme totale de 14 000 $.

En dépit de la solidarité, les actes de vandalisme se poursuivent à Windsor. En pleine nuit, les syndiqués lancent un bloc de ciment dans la chambre d’un contremaître et aspergent de la peinture dans sa voiture. Armé d’une carabine et en proie à une violente dépression, le contremaître menace de tirer sur eux ; le surintendant Paul Pelletier doit intervenir pour le calmer et réconforter les enfants en pleurs. Quelques heures plus tard, les voitures et maisons de trois autres contremaîtres de Windsor sont gravement endommagées.

Le 13 septembre 1968, Claude Gosselin rencontre une soixantaine de grévistes à la station forestière d’East Angus pour expliquer sa déclaration au sujet de la fermeture possible des usines. Au cours de cette rencontre, il somme publiquement Domtar de rompre le silence dans lequel elle s’est retranchée depuis quelques temps : « Au nom des syndiqués et de la population éprouvée par cette grève désastreuse, permettez-moi de m’adresser aux représentants de la compagnie afin qu’elle rompe ce silence néfaste. Le Syndicat a clairement établi ses positions ; face à cela, Domtar ne fait et ne dit rien. Jusqu’à preuve du contraire, je suis donc porté à croire que la vérité appartient aux grévistes. Aujourd’hui, je demande à la compagnie d’expliquer clairement les raisons qui lui font maintenir ses positions, afin que la population puisse juger de la de la valeur des arguments de chacune des parties en cause10»

La réplique de Domtar

Le lendemain, le directeur de grève de Windsor, Clément Potvin, s’entretient avec Raymond Pinard sur les derniers événements de la grève.

Pinard : « Le moment est venu de montrer au ministre des Terres et Forêts qui mène la barque. Sa dernière déclaration publique lui a mérité l’appui des grévistes et la tension s’est estompée entre eux. Il faut provoquer de nouvelles manifestations et impliquer les grévistes d’East Angus dans le coup. »

Potvin : « Nous sommes prêts à intervenir. J’ai apporté les modifications nécessaires sur les lignes de piquetage à Windsor. Je propose que vous contactiez l’agence Pinkerton pour obtenir son intervention à cet endroit. Les grévistes ont horreur des « scabs ».

Pinard : « D’accord, c’est une très bonne idée. De combien d’agents avez-vous besoin ? »

Potvin : « De quatre à cinq seulement, pour ne pas éveiller les soupçons. J’informerai les membres du Syndicat pour les préparer à une manifestation pacifique. »

Pinard : « Très bien ! Je vous charge de contacter le maire de Windsor à ce sujet. Qu’il fasse en sorte que ses policiers soient prêts à intervenir pour contrôler la foule. Je vous rappellerai bientôt! »

***

À son tour, Potvin contacte le maire Lewis Craig pour l’informer de son entretien avec le directeur-général de Domtar.

Potvin : « Raymond Pinard souhaite que l’on prépare une manifestation devant l’usine de Windsor. Des agents privés de Montréal pénétreront demain à l’intérieur de l’usine. Pouvons-nous compter sur la collaboration des policiers municipaux pour éviter que la manifestation ne tourne mal ? »

Craig : « Vous me mettez dans une situation délicate, Clément. Vous savez que je suis à la fois travailleur de Domtar et maire de Windsor. Mais puisqu’il s’agit de défendre les intérêts de la ville, je suis prêt à collaborer. Est-ce que les grévistes d’East Angus seront présents à la manifestation ? »

Potvin : « Des voitures seront à leur disposition pour leur permettre de se rendre chez-nous. Nous aurons aussi l’appui des syndiqués d’Asbestos et de Bromptonville. »

Craig : « Nous serons prêts. À quel moment prévoyez-vous l’arrivée des agents de sécurité ? »

Potvin : « Vers 11 heures du matin. Les syndiqués devraient arriver au début de l’après-midi. »

***

Le soir même, un représentant de l’agence Pinkerton rencontre les autorités syndicales ; il les informe que Domtar a fait appel aux services de l’agence pour assurer une meilleure protection contre le feu et décourager les actes de vandalisme. « En conséquence, six agents entreront en devoir dès demain matin. La compagnie a dû prendre cette décision face à une escalade de l’agitation au cours de la dernière semaine11. »

Intervention de la Sûreté du Québec

Le 15 septembre 1968, les agents Pinkerton entrent sur les terrains de la Domtar à Windsor et pénètrent dans l’usine pour ouvrir des valves. Piqués au vif, quelques grévistes se rassemblent devant le « guard house » afin de bloquer la sortie aux agents. Deux heures plus tard, plus de 400 grévistes sont rassemblés dans le stationnement de la compagnie et sur le terrain de golf situé à proximité de l’usine.

Vers 13 heures, les manifestants renversent l’automobile de l’agence et lancent des pierres dans les vitres du « guard house ». À 13 heures 10, une automobile se présente à la barrière pour venir chercher les agents séquestrés. Elle se rend à l’entrée de l’usine malgré la colère des manifestants et parvient à sortir un agent de sécurité sérieusement blessé à un genou.

Quinze minutes plus tard, Clément Potvin lui-même se rend en voiture à l’entrée de l’usine. Les manifestants ne reconnaissent pas leur directeur de grève et tentent en vain de lui barrer le passage. À son retour, les grévistes constatent que la voiture ramène deux agents de sécurité, dont l’un d’eux est inconscient et sérieusement blessé à la tête. On le conduit au poste de police de Windsor où il demeure inconscient durant près d’une d’heure. À son réveil, il est amené d’urgence à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke où les médecins constatent une sérieuse commotion cérébrale. Son état nécessitera une hospitalisation de trois semaines12.

Une dernière voiture parvient à sortir les trois autres agents séquestrés mais un agent privé de la Domtar est traqué et cerné par quelques grévistes. Ils le bousculent, le frappent à plusieurs reprises et se rendent à sa résidence où ils brisent plusieurs fenêtres. Dans les circonstances, le maire de Windsor décide de faire appel à 85 agents de la Sureté du Québec : « Nous n’avons plus le choix. La police municipale a perdu le contrôle de la situation. Un article de loi dit clairement que les autorités municipales doivent intervenir dans une situation semblable. C’est notre devoir de protéger les citoyens contre les abus des syndiqués13. »

Entre-temps, les grévistes enfoncent la barrière principale de l’usine, pénètrent à l’intérieur et provoquent pour 25 000 $ de dommages aux biens de la compagnie. À l’arrivée de la police municipale, les travailleurs quittent calmement l’usine, mais au même moment, les agents de la Sûreté du Québec arrivent en force à Windsor.

Des travailleurs d’Asbestos, de Bromptonville et d’East Angus se joignent aux grévistes de Windsor ; ils marchent en direction du poste de police municipal avec un corbillard contenant un cercueil à l’effigie de Raymond Pinard. Arrivés sur les lieux, les manifestants font face aux agents de la Sûreté du Québec qui attendent ... matraque à la main et casque protecteur au visage. Certains grévistes sont armés de bâtons et crient « On veut le maire et le chef de police »14. D’autres syndiqués sont installés sur le toit de leur maison et armés de leur fusil de chasse ; ils sont prêts à tirer en direction des agents si ces deniers s’en prennent aux manifestants15.

Au même moment, Clément Potvin s’entretient avec le maire Lewis Craig et le chef de la police municipale, Lorenzo Houle, sur les moyens à prendre pour disperser la foule16. Suite à cet entretien, Potvin intervient entre ses collègues et les policiers de la Sûreté du Québec ; il leur explique que le Syndicat ne souhaitait pas l’intervention de la police provinciale, mais que « les autorités locales n’ont pas été averti à temps »17. Aussi leur propose-t-il de libérer une voie pour permettre le départ des policiers et ramener le calme à Windsor. Les grévistes acceptent de laisser passer les 27 voitures de la Sûreté du Québec, ne cessant toutefois de huer les policiers durant leur passage.

Quelques heures après le début de la manifestation du 15 septembre 1968, l'automobile des agents Pinkerton est renversée et, à deux reprises, une pierre est lancée dans les vitres de la maison des gardes. À ce moment, neuf policiers de Windsor sont sur les lieux.
 

Nouvelles manifestations à East Angus

Malgré la violence de la manifestation, Potvin croit avoir atteint ses buts : augmenter la pression sur le ministre Gosselin et inciter les grévistes à défier les injonctions. Le leader syndical contacte Raymond Pinard afin de s’entendre sur les moyens de maintenir la pression sur le gouvernement. Le maintien des poursuites judiciaires, de nouvelles manifestations à East Angus et les menaces de fermeture d’usines sont parmi les moyens retenus.

Par ailleurs, Potvin l’informe que le maire Craig a obtenu l’appui des maires de la région du Val St-François dans ses revendications : « Le maire leur a fait comprendre que l’avenir de leur municipalité dépend en grande partie de l’avenir de l’usine de Windsor... et que l’avenir de notre usine dépend de la bonne volonté du ministre Gosselin à vous accorder les concessions forestières. Je pense qu’ils ont compris. »

Le 16 septembre, Domtar transmet un communiqué aux
1,200 syndiqués dans lequel il rappelle que les usines d’East Angus et Windsor ne sont toujours pas à l’abri d’une éventuelle fermeture : « Contrairement à ce que les dirigeants syndicaux ont prétendu, Domtar n’a jamais déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de fermer ses moulins à papier. Pour empêcher cette fermeture, il faut maintenir les salaires à un niveau raisonnable, prendre diverses mesures administratives et faire de nouveaux investissements. L’une de ces mesures serait de transformer la production et de fabriquer de plus en plus de papiers fins18. »

Le communiqué provoque aussitôt la colère des travailleurs d’East Angus déjà choqués par l’intervention des agents Pinkerton à Windsor. Les grévistes d’East Angus et un groupe de syndiqués de Windsor bloquent le pont Taschereau qui relie les départements de l’usine d’East Angus et demandent à ses usagers de débourser la somme de 1 $. Vers 16 heures, plus de 1 500 personnes sont rassemblées près de l’usine ; par mesure de sécurité, le directeur de grève d’East Angus, Gérard Taylor, demande aux agents privés de Domtar de quitter les lieux. Il met sur pied un service d’ordre syndical et installe des patrouilles dans les rues de la ville pour empêcher les actes de vandalisme.

Malgré cette surveillance, des manifestants brisent la barrière de sécurité et fracassent les vitres du « guard house ». Le chef de la police municipale, Paul Phaneuf, est coincé sur le pont au beau milieu de la manifestation alors que les grévistes de Windsor frappe à coups de poing sur son auto-patrouille sans toutefois l’endommager. Deux camionnettes de la compagnie sont renversées et poussées dans une pente située à proximité de la salle des bouilloires ; enfin, un contremaître est bousculé et insulté par un gréviste dans un restaurant du centre-ville.

Gérard Taylor incite les grévistes à contrôler leur colère et à retrouver leur calme ; après quelques heures, les manifestants retournent chez eux. Malgré les nombreux dommages causés à l’usine et la présence de plusieurs étrangers dans la ville, le maire d’East Angus ne fera pas intervenir la Sûreté du Québec. Le lendemain, Raymond Pinard dénonce publiquement le comportement des grévistes et se dit « indigné du sort fait au chef de police et aux gardiens de l’usine »19. Pour sa part, Taylor soutient que l’intervention de l’agence Pinkerton à Windsor constituait « une provocation de la Domtar20 ».

Au cours de la nuit, les travailleurs de Windsor lancent des oeufs et de la peinture sur la maison d’un contremaître. Ce sera l’un des derniers gestes posés contre les cadres de la compagnie qui sera connu du grand public. À la suite des manifestations du 15 et 16 septembre 1968, Domtar entreprend des procédures judiciaires contre la CSN, les syndicats locaux et une quarantaine de syndiqués de Windsor et East Angus. De son côté, le ministre des Terres et Forêts, Claude Gosselin, ordonne à trois officiers de son ministère d’entreprendre une étude de rentabilité sur les usines Domtar dans les Cantons-de-l’Est.

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Références — Chapitre III


1. La Tribune, 10 août 1968, p. 1

2. Paul Pelletier

3. La Tribune, 15 août 1968, p. 4

4. La Tribune, 16 août 1968, p. 3

5. Ibid.

6. La Tribune, 17 août 1968, p. 3

7. Ibid, p. 1

8. La Tribune, 21 août 1968, p. 3

9. Ibid.

10. La Tribune, 14 septembre 1968, p. 1

11. La Tribune, 16 septembre 1968, p. 1

12. La Tribune, 14 janvier 1969, p. 2

13. La Tribune, 16 septembre 1968, p. 1

14. Ibid.

15. Paul Pelletier

16. La Tribune, 16 janvier 1969, p. 2

17. Ibid. La Tribune, 16 septembre 1968, p. 1

18. Ibid, p. 3.

19. La Tribune, 18 septembre 1968, p. 1

20. La Tribune, 18 décembre 1968, p. 3

 

 




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